La lumière y est de diamant et les nuages de plomb. Une île en forme de cœur. Un bijou qui s’abîme néanmoins.

Deux semaines en Tasmanie, trop court pour comprendre, trop long pour ne pas voir.

Changement complet d’ambiance
Ici on se sent un peu au far-ouest ou dans le middle-east des USA, autrement dit la Tasmanie est très américanisée. D’ailleurs on tournait des westerns dans les petites villes comme Zeehan.

Les paysages sont extraordinaires, surtout dans les régions sauvages avec leurs forêts primaires. La Tarkine est une forêt vierge primaire froide dans le nord-ouest, unique dans le monde avec des arbres millénaires.



Malheureusement, les incendies de 2016 et 2025 en ont détruit une bonne partie, en fait une région entière, la partie sud entre les rivière Pieman et Frankland créant un paysage sublime mais désolé parsemé de troncs morts à perte de vue.


Contrairement à l’Australie, dont les paysages dit-on changent peu, (on verra bien lors de la prochaine étape de notre voyage) les paysage Tasmans changent beaucoup d’une région à l’autre, d’une vallée à l’autre, selon la géologie, l’exposition aux vents, le relief, l’altitude, les réseaux hydriques et et les activités humaines. La côte nord est très construite et parcourue quasi de bout en bout par une autoroute des viles et des routes qui s’enfoncent vers le sud et ne communiquent pas, pour ainsi dire, les unes avec les autres.
L’Ouest est complètement sauvage, à part un ou deux bleds sur la côte ventée par les quarantièmes rugissants comme Strahan ( prononcer Strawn) et que nous avons vite fui étant donné la surcharge des campings et « accommodations ». C’est à dire très peu de routes, généralement en terre et cailloux quelquefois sur des dizaines ou des centaines de kilomètres, sans rencontrer une maison et croisant seulement quelques 4×4 dans un nuage de poussières ou cyclistes gravels égarés, épuisés et haggards d’avoir mal mesuré la distance infinie à parcourir sur ces routes difficiles.
Les personnes que nous avons croisées et avec qui nous avons échangé étaient soit des touristes australiens, soit des Tasmaniens. Les premiers étant souvent assez typiques : les plus riches dans d’énormes caravanes tous terrains, tirées par des 4×4 rutilants portant les noms de defender, raptor, trooper ou revenger, tout ça pour faire des balades qu’on aurait fait sans problème à 4 dans une 2CV. Tout ça pour se retrouver sur un parking avec d’autres engins du même gabarit comme au salon de l’auto-camping.


On ne peut pas ne pas remarquer également que la plupart des voitures font des bruits de camions, et certaines rugissent comme des tracteurs, coutume étrange qu’adoptent généralement plutôt les motards, Pour augmenter leur sensation de puissance et pressés semble t’ils de ne plus entendre. On mesure à quel point l’absence de prise de conscience voire l’opposition à la réduction des nuisances sonores est forte. Mais il y a heureusement aussi quelques piétons, des cyclistes et pas mal de randonneurs carrément sportifs, de tous âges, portant des sacs impressionnants, sur des trails de 5 à 10 jours, intrépides face à une météo qui peut devenir carrément hostile et imprévisible, et bien sûr des marcheurs plus dilettantes mais tout aussi passionnés, familles avec enfants, couples de jeunes retraités, comme nous. Quelques touristes professionnels plus rares donnent dans le style aventurier et nomades, on les rencontre surtout dans les sites naturels les plus difficiles d’accès, comme au lac Pedder/Huon, amateurs d’oiseaux, de vie sauvage, écologistes, scientifiques ou amateurs, avec de grosses land-rovers bien usées, dread locks et bonnets de laine et appareils photos paraissant minuscules au bout d’énormes téléobjectifs peinture camouflage, comme Pete qui nous a fourni en eau en échange de deux verres de vin, alors que nous arrivions bêtement avec seulement 4 litres d’eau et 2 bouteilles de vin. Il rigolait en disant que seuls des français peuvent arriver dans un coin perdu avec du vin et sans eau.
Mais on rencontre aussi des touristes plus pauvres avec un vieux van ou une tente, souvent seuls et âgés, veu·fves, célibataires et jeunes étrangers en balade. Certains d’entre eux essaient de se fixer sur place et doivent pour cela exercer un emploi d’utilité publiques dans une ferme ou une communauté locale, comme le pilote du fameux « fatman barge » qui relie les deux rives de la Pieman river à Corinna, qui était un jeune et français de Rouen plutôt maigre.

Comme souvent on rencontre deux sortes d’habitants : ceux qui s’occupent du tourisme, professionnels ou occasionnels et ceux qui ont d’autres diables à fouetter les évitent voire les méprisent. Les premiers sont le plus souvent vraiment sympas, comme cette employée de bar qui nous a fait un cours sur les Gins Tasmaniens. Dans l’ensemble il existe en Tasmanie une véritable éthique de qualité de service. Parmi les second nous avons rencontré quelques énergumènes au doigt d’honneur facile, sans doute une mode locale, surtout sur la route, par exemple si on se range pour les laisser doubler ou qu’on veut tourner à droite au milieu d’une route rapide. On conduit ici à gauche comme dans toutes les anciennes colonies ou comptoirs britanniques où l’on vote plutôt à droite ou au centre droit. Ici le clivage n°1 est l’écologie, quoi d’étonnant. Les conservateurs représentent en quelque sorte l’Amérique profonde tasmanienne, celle qui vote Trump et ses clones locaux, inconditionnel du style de la campagne américaine, qui chasse, qui emmerde les écolos, les touristes, les intellos, les urbains, les juifs et tout ce qui ne lui ressemble pas. Ce qui ne l’empêche pas d’être composé essentiellement de propriétaires terriens, possédant plusieurs véhicules coûteux, conduisant vite et souvent pompette au sortir des pubs ou avant l’aube pour aller bosser, sans trop d’égard pour la faune sauvage. En Tasmanie la vitesse et les limites sur les routes sont très au dessus de la normale, 110 sur les routes à deux voies, 100 sur les routes secondaires qui tournent beaucoup et 80 sur les dirt tracks.

La nuit, from dawn to dusk, elle est théoriquement limitée à 40 ou 45 selon les endroits. Mais même à cette vitesse, comme les animaux sautent sur la route de tous les côtés et à tout moment, il est très difficile de les éviter. Les routes sont de véritables hécatombes. Il y en a moins sur les routes principales grillagées, mais une fois passés par un trou ils se retrouvent coincés sur la route et forcément finissent par être renversés par un véhicule. Par conséquent les route sont toutes ou presque jonchées d’animaux à fourrures écrasés les tripes à l’air au milieu de la route ou entiers et sans vie sur le bord et dans les fossés, en moyenne tout les 100m, autrement dit en une semaine de voyage on aurait pu en compter des milliers. Plusieurs espèces sont en voie de disparition, comme le fameux Diable de Tasmanie. (Ici un wombat)

Heureusement nous avons rencontré aussi de nombreux animaux sauvages vivants : opossums venant chercher à manger autour de la tente la nuit, de nombreux pademelon ( une espèce de petit kangourou très sympa et endémique qui vient brouter l’herbe des jardins), l’echidna (sorte de porc-épic fourmilier) ou de magnifiques raies venant fourrager le soir dans les basses eaux de Nubeena.
Beaucoup d’oiseaux également avec des chants incroyables. Chaque variété a sa propre signature, tellement originale et sans canon esthétique ou limite de bienséance. Des sonorité poignantes, séduisantes, alarmantes, musicale ou non, en solo, en duo ou en groupe. À Gunns Plain, où nous avons séjourné, l’app écologiste en science participative eBird signalait 71 espèces d’oiseaux différente constatées au cours de l’année 2025.
Géologie et les arbres
Les Dolorites, équivalent de nos orgues de basalte affleurent au somment des montagnes comme sur les côtes rocheuses et constituent l’ossature du relief Tasmanien. Attaqués par le vent ou les vagues elles forment de sculptures naturelles sublimes comme le Totem pole du cap Huay près de Port Arthur ou les Lingams géants (nom inventé) sur le Mont Wellington.



La végétation est magnifique dans les forêts humides comme dans les plaines qui ressemblent à des savanes, surtout après l’été 2025/2026 qui a été un des plus secs depuis longtemps. En temps normal des prairies sont verdoyantes, parsemées de grands arbres. Ce sont des eucalyptus et il y en a une grande variété, feuilles allongées ou feuilles rondes, écorce blanche qui sèmes ses lanières recroquevillées et craquantes, ou écorce filandreuse à la manière des séquoias. Les australiens les appellent gumtrees.
Grand veut dire vraiment grand et vieux, plus de 60 mètres pour les eucalyptus et plus de milans pour certains spécimens de pins Tasmaniens. Longtemps exploités par les anglais qui coupaient les plus gros et les plus anciens pour bâtir et construire des bateaux, pour aller conquérir d’autre terres, pour couper d’autres forêts,…, vielle antienne britannique.

Nous avons passé les derniers jours a proximité de Port Arthur à visiter l’archipel de péninsules, les caps les plages et le site du premier comptoir anglais. Port Arthur était entre 1815 et 1875 avant tout une prison où l’on envoyait les convicts anglais, souvent de pauvres bougres et de nombreux enfants/adolescents pour qui la seule éducation possible se réduisait à peu près à tenter de les redresser et à les faire marcher doit et à leur montrer, le fallait-il, comme la vie peut être dure pour les malheureux, emprisonnés pour des cacahuètes et les aborigènes, un système répressif arbitraire et cruel. L’implantation comportait tout ce qu’il faut pour exercer un pouvoir par la force sur un territoire les plus démunis une garnison, une police, des ateliers de travail pour les prisonniers réduits en esclavage comme dans les prisons américaines aujourd’hui.
On peut aussi visiter les restes deux églises, leur presbitaires, les belles maisons du préfet et du commandant avec leurs magnifiques jardins.
Les caps sont accessible par des chemins souvent assez long et en mode tunnel, c’est à dire qu’il est impossible d’en sortir car la forêt est très dense et on ne voit rien au delà, on y croise de nombreux groupes de touristes quand il fait beau. Le soleil cogne. Le chemin est construit souvent avec des escaliers en pierre comme celui du cap Huay Heureusement les points de vue sont sublimes, même si peu nombreux. On a pu voir des escaladeurs incroyables dans les dolorites. Ces ascensions étant parmi les plus complexe au monde.


Nous avons passé la dernière journée sur le mont Wellington à Hobart avec des vues extraordinaires sur Hobart et les contours maritimes qui l’entourent.


Enfin nous avons visité le MONA (Muséum of Old and New Art) une vraie dinguerie creusée dans la pierre sur le modèle des pyramides égyptiennes avec de vraies momies et de œuvres contemporaines remarquables.

Et puis, en route pour Perth (WA).


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